Allaitement et APLV : comment j’ai continué malgré tout

Jeune maman tenant son bébé contre elle dans un fauteuil près d'une fenêtre, illustrant le lien mère-enfant et la poursuite de l'allaitement malgré les difficultés liées à l'APLV.

Il y a un moment que je n’oublierai jamais. Le médecin qui me dit : « Votre fille a probablement une allergie aux protéines de lait de vache. » Et moi, le cerveau en mode court-circuit, qui formule immédiatement la question qui me brûlait les lèvres : est-ce que je dois arrêter d’allaiter ?

Si vous lisez ces lignes, c’est sans doute que vous venez d’apprendre la même nouvelle. Ou que vous êtes en plein milieu du doute, à scruter les selles de votre bébé, à vous demander si votre lait est le problème.

La réponse courte : non, vous n’avez pas à arrêter. La réponse longue, c’est cet article. Je vous raconte comment j’ai maintenu l’allaitement malgré l’APLV de ma fille, ce que j’ai changé, ce qui m’a aidée, et ce que j’aurais aimé savoir bien plus tôt.

Le jour où tout a basculé : le diagnostic APLV

Il y a des moments qu’on ne voit pas venir, et qui changent pourtant tout. Pour moi, le diagnostic APLV de ma fille en fait partie. Voilà comment ça s’est passé, et pourquoi on a mis autant de temps à y arriver.

Les signes qui m’ont mis la puce à l’oreille

Pendant des semaines, j’avais remarqué que quelque chose clochait. Ma fille pleurait beaucoup, se tortillait après les tétées, se cambrant carrément la plupart du temps, avait des rougeurs et des selles qui n’avaient rien de normal. On m’avait dit que c’était des coliques, du reflux, « une période difficile ». J’avais accepté ces réponses parce que je n’avais pas d’autre cadre.

Mais un soir, j’ai vu sa peau, brûlée vive… Là, j’ai su que ce n’était pas juste une phase.

Le chemin (trop long) jusqu’au diagnostic

Ce qui a suivi, c’est un parcours du combattant que certaines d’entre vous connaissent sûrement. Des consultations, des doutes, un pédiatre qui minimise, un autre qui prend un peu le temps d’écouter, sans pour autant trop y croire. Plusieurs semaines se sont écoulées avant qu’on prononce enfin les mots : allergie aux protéines de lait de vache.

Si vous voulez lire le détail de notre parcours diagnostic (les rendez-vous, les erreurs de piste, les moments de solitude), je l’ai raconté dans cet article.

Ce que je veux vous dire ici, c’est que le diagnostic ne signifiait pas la fin de l’allaitement. Même si, sur le coup, ça m’a semblé être une montagne. Et même si ça m’a soulagé de pouvoir continuer, j’étais loin d’imaginer ce qui m’attendait vraiment par la suite.

Dois-je arrêter d’allaiter ?

C’est la première chose que j’ai demandé au médecin. Et c’est sans doute la question que vous posez vous aussi en ce moment. La réponse m’a surprise, et soulagée. Voici ce que j’ai appris.

Ce que disent les recommandations actuelles

L’allaitement maternel n’est pas contre-indiqué en cas d’allaitement APLV. C’est même souvent le contraire : il est encouragé.

Les recommandations pédiatriques et allergologiques actuelles sont claires sur ce point : le lait maternel reste l’alimentation idéale pour un nourrisson, y compris lorsqu’il présente une allergie aux protéines de lait de vache. La condition, c’est que la maman qui allaite suive un régime strict d’éviction des PLV (protéines de lait de vache) dans sa propre alimentation.

Autrement dit : ce n’est pas votre lait qui pose problème. C’est ce que vous mangez qui peut faire passer de toutes petites quantités de protéines dans votre lait, et c’est précisément ça que le corps de votre bébé ne tolère pas.

Pourquoi le lait maternel reste le meilleur choix même en cas d’APLV

Les préparations à base de protéines hydrolysées ou de protéines de riz peuvent être nécessaires si l’allaitement devient impossible. Mais elles ne reproduisent pas tout ce que le lait maternel apporte : anticorps, microbiote, lien affectif, protection contre d’autres infections et allergies.

La gastro-entérologue que j’ai consulté me l’a dit clairement : « Continuez si vous pouvez. C’est le mieux pour elle. » Cette phrase m’a tenue debout pendant des semaines.

L’éviction des PLV, concrètement : ce que j’ai changé dans mon assiette

Voilà la partie qui fait peur. Moi la première, j’ai regardé mon assiette avec des yeux de condamnée quand on m’a dit « plus de produits laitiers ». Mais avec du recul, c’est plus simple qu’il n’y paraît, à condition d’avoir les bons repères.

Les aliments à éliminer : liste claire, sans panique

L’éviction des PLV dans le cadre de l’allaitement APLV couvre tout ce qui contient des protéines de lait de vache, directement ou indirectement :

  • Lait de vache (entier, demi-écrémé, écrémé, en poudre)
  • Beurre, crème fraîche, crème liquide
  • Fromages de toutes sortes (même affinés, même à pâte dure)
  • Yaourts, fromages blancs, petits-suisses
  • Lait fermenté, kéfir
  • Tout produit industriel contenant : lait, lactosérum, caséine, caséinate, lactose, lactalbumine, lactoglobuline

Repères rapides pour l’éviction PLV

❌ À éliminer

✅ À privilégier

Tous les laits de vache

Beurre & crème

Fromages

Yaourts & petits-suisses

Lactosérum, caséine (étiquettes)

Certains margarines (vérifier)

Laits végétaux (avoine, riz, amande)

Huiles végétales

Fromages végétaux (sans caséine)

Soja (si toléré, à vérifier avec le médecin)

Légumineuses, céréales natures

Viandes, poissons, œufs, légumes

Les pièges que personne ne m’avait signalés

C’est là que ça se complique. Les PLV se cachent partout, et les étiquettes ne sont pas toujours vos amies.

  • Le mot « lactosérum » ou « whey » sur une étiquette : c’est du lait. On passe.
  • Certains pains industriels, chips, charcuteries, sauces, plats préparés contiennent des traces ou des dérivés laitiers.
  • Les médicaments et compléments alimentaires peuvent contenir du lactose comme excipient.
  • La mention « peut contenir des traces de lait » suffit chez certains bébés très sensibles. À évaluer avec votre médecin.

Mon réflexe : je lisais chaque étiquette, sans exception, pendant les premières semaines. Fastidieux mais indispensable.

Ce que j’ai mangé à la place et comment j’ai évité les carences

L’éviction des PLV ne veut pas dire régime appauvri. Ça veut dire régime réorganisé. Et honnêtement, j’ai découvert des aliments et des recettes que je n’aurais jamais essayés autrement.

Pour couvrir mes apports en calcium (crucial quand on allaite), il convient de se tourner vers différentes catégories d’aliments, comme :

  • Légumes verts à feuilles : brocolis, chou kale, épinards
  • Sardines et anchois avec arêtes
  • Amandes et les graines de sésame (tahini)
  • Eaux minérales riches en calcium (Hépar, Contrex)
  • Légumineuses : haricots blancs, lentilles

Important : parlez-en à votre médecin ou à une diététicienne spécialisée. Une supplémentation en vitamine D et en calcium peut être recommandée pendant la durée de l’éviction.

Pour ma part, personne ne m’en avait parlé plus tôt… C’est lorsque j’ai vu l’allergologue pédiatrique au moment de la décision de réintroduire les PLV, qu’elle m’a dit de me supplémenter immédiatement en calcium et vitamine D, sous peine d’avoir de gros problèmes au moment de la ménopause, car cela faisait près de 9 mois que ma fille puisait dans mon capital osseux à travers l’allaitement. Alors oui, ce n’est pas pour tout de suite, mais mieux vaut limiter les risques dès maintenant…

Tenir sur la durée : ce qui m’a vraiment aidée

Changer son alimentation du jour au lendemain quand on allaite, c’est physiquement et mentalement éprouvant. J’ai eu envie de craquer plusieurs fois. Voilà ce qui m’a permis de tenir.

Le soutien que j’ai trouvé

Je ne vais pas vous mentir : les premières semaines, j’avais l’impression de marcher sur des œufs, dans tous les sens du terme. Le soutien extérieur a été décisif.

La LLL France a été ma première bouée. Leurs conseillères en lactation connaissent bien les problématiques d’allaitement et d’allergie. Leurs contenus m’ont aidée à ne pas lâcher quand j’étais à bout.

L’AFPRAL propose des ressources très concrètes sur l’APLV et une communauté de parents qui vivent la même chose. Je me suis sentie beaucoup moins seule en les rejoignant.

J’ai aussi eu la chance d’être suivie par une gastro-entérologue, une dermatologue et une allergologue en pédiatrie dans le CHU le plus proche de chez moi, qui prenaient mes questions au sérieux. Et ça, ça change tout !

Les petites victoires qui m’ont donné envie de continuer

À deux semaines d’éviction stricte, les selles de ma fille avaient changé. À un mois, elle pleurait moins après les tétées. Elle prenait du poids. Après une grosse cassure, sa courbe de croissance reprenait une belle allure, enfin. Sa peau redevenait rosée et belle. Elle souriait.

Ce sont ces micro-signaux qui m’ont tenue. Pas les discours théoriques sur les bienfaits de l’allaitement. Voir, concrètement, que ça marchait.

J’ai aussi appris à me faire confiance. À faire confiance à mon corps. C’est ça, peut-être, la plus grande leçon de toute cette période.

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise dès le début

Maintenant que le plus dur est derrière nous, voilà ce que j’aurais voulu entendre à chaud, dans le bureau du médecin :

Vous n’avez rien fait de mal. L’APLV n’est pas de votre faute.

Votre lait n’est pas mauvais. C’est votre alimentation qui peut transmettre des protéines, et ça se gère.

L’éviction est contraignante, mais elle n’est pas éternelle. La plupart des bébés APLV développent une tolérance avant 3 ans.

Vous n’avez pas à tout régler seule. Il existe des professionnels formés, des associations, des mamans qui sont passées par là.

Et si un jour vous décidez d’arrêter d’allaiter, que ce soit pour des raisons médicales, d’épuisement ou simplement parce que vous en avez besoin, c’est un choix valide aussi, pour lequel personne n’a le droit de vous dire quoi que ce soit. L’allaitement au sein d’une éviction PLV demande un effort réel. Vous méritez d’être soutenue dans tous les scénarios. Le plus important est d’être en phase avec vos choix et vos décisions, car elles n’appartiennent qu’à vous dans la plupart des cas.

En résumé

L’allaitement APLV, c’est possible. C’est exigeant, parfois épuisant, souvent solitaire. Mais c’est faisable, avec les bons outils, les bonnes personnes, et un peu de bienveillance envers soi-même.

Si vous traversez ça en ce moment, je vous envoie beaucoup de courage. Et si vous avez envie de partager votre expérience, les commentaires sont là pour ça. Parce que les témoignages de mamans comme vous, c’est exactement ce qui m’a aidée quand j’en avais le plus besoin.

Questions fréquentes

Est-ce qu’on peut allaiter si son bébé a une APLV ?

Oui, dans la grande majorité des cas. Le lait maternel ne contient pas de protéines du lait de vache en lui-même. C’est l’alimentation de la maman qui peut en transmettre de très petites quantités. Avec une éviction bien conduite de tous les produits laitiers, l’allaitement reste possible et bénéfique.

Combien de temps faut-il pour que l’éviction fasse effet ?

En général, une amélioration des symptômes est visible en 2 à 4 semaines après l’éviction stricte des PLV. Certains bébés répondent plus rapidement, d’autres mettent un peu plus de temps. Si aucune amélioration n’est constatée après 4 semaines d’éviction complète, il faut en parler à votre médecin pour envisager d’autres causes.

Faut-il aussi éliminer le soja quand on allaite un bébé APLV ?

Souvent, oui. Environ 30 à 40 % des bébés APLV présentent également une réactivité croisée au soja. C’est un point à valider avec le pédiatre ou l’allergologue en fonction des symptômes de votre enfant. Dans le doute, beaucoup de médecins recommandent d’éliminer les deux dans un premier temps.

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