Le jour où j’ai compris que les jeunes mamans avaient surtout besoin de sentir qu’elles ne sont pas seules

Jeune maman tenant son bébé dans ses bras dans un appartement lumineux, moment de réconfort et de connexion après des mois difficiles de post-partum.

Il y a des moments où l’on réalise qu’on n’est pas seule. Pas grâce à un discours inspirant, ni à un article bien écrit. Grâce à quelqu’un qui te regarde et te dit, simplement : je te crois.

Pour moi, ce moment est arrivé dans le cabinet d’une gastro-entérologue pédiatrique, alors que ma fille avait quatre mois et demi. Et il a tout changé.

Ce à quoi les premiers mois ont vraiment ressemblé

Parce que la réalité ne ressemble pas toujours à ce qu’on avait imaginé.

Une naissance parfaite, et puis.

Ma deuxième grossesse s’est très bien passée. L’accouchement aussi : spontané, rapide, presque serein. J’avais déjà allaité mon fils pendant dix-huit mois, je savais à peu près à quoi m’attendre. Je me sentais prête.

Et puis, à quatre jours de vie, ma fille a fait une poussée de fièvre à 39,8°C. Urgences pédiatriques, prise de sang, analyse d’urine. On a évité la ponction lombaire de justesse, les résultats étaient corrects, elle n’a pas refait de fièvre pendant son hospitalisation. On est rentrées à la maison.

Mais quelque chose n’allait pas.

Ces hurlements que je n’arrivais pas à expliquer

Dès les premiers jours, ma fille hurlait. Pas les pleurs normaux d’un nouveau-né, des hurlements, jour et nuit, qui sonnaient comme des cris de souffrance. Elle souriait peu. Il n’y avait presque pas de ces moments de calme heureux que j’avais connus avec mon fils.

J’en ai parlé à tout le monde. La sage-femme du rendez-vous des quatre semaines a évoqué un reflux lié à un réflexe d’éjection fort, m’a prescrit du Gaviscon et conseillé de contacter une association de conseillères en lactation. J’y suis allée très vite. La position de tétée a été ajustée. Le reflux semblait s’apaiser. Les hurlements, non.

La médecin qui suivait ma fille m’a alors dit que mon lait ne devait pas être suffisamment nourrissant. Qu’elle avait faim. Ayant allaité exclusivement mon fils pendant six mois, puis jusqu’à ses dix-huit mois, je savais que ce n’était pas ça. Mais quand on est épuisée, quand personne ne te croit, il faut une sacrée détermination pour ne pas lâcher.

Je n’ai pas lâché.

Quand les doutes des autres deviennent plus lourds que tes propres certitudes

Il y a un moment, dans ces semaines-là, où l’on commence à douter de soi-même. Pas parce qu’on a tort, mais parce qu’on est la seule à le savoir intérieurement.

Un corps qui s’emballe

Entre-temps, j’avais dû me faire retirer un grain de beauté apparu sur le sein pendant la grossesse, il s’enlevait et grossissait en permanence, et ça m’inquiétait. Le point interne posé par la chirurgienne ne s’est pas résorbé. Il s’est infecté. Ce qui a provoqué une énorme baisse de lactation du jour au lendemain.

J’ai rappelé l’association en catastrophe. La conseillère a validé tout ce que j’avais mis en place pour relancer, et m’a donné d’autres pistes. On a traversé ça. On a continué.

Puis la peau de ma fille a commencé à changer. D’abord sèche. Puis de plus en plus sèche. Les crèmes hydratantes ne changeaient rien, ça s’aggravait. Jusqu’au point où l’intégralité de son corps, de la tête aux pieds, était couvert de plaques rouges suintantes, comme si elle avait été brûlée vif.

La phrase du médecin traitant

La pédiatre étant en vacances, je me suis rendue chez mon médecin traitant avec une idée très précise : je voulais des adressages. Un en dermato pédiatrique, un en gastro-entérologie pédiatrique.

Pour la dermato, aucune discussion, il a même prescrit immédiatement des corticoïdes à appliquer en couche épaisse sur tout le corps, en me disant : « Là, vous n’avez pas le choix. Elle souffre énormément, il faut qu’elle récupère. Et vous devez absolument dormir, sinon vous allez faire un burn-out maternel très vite. »

Cette phrase m’a presque choquée. Pas parce qu’elle était fausse. Parce qu’elle était vraie, et que personne ne me l’avait dite aussi clairement.

Pour la gastro-entérologie, c’était différent. « Oh, vous êtes sûre ? Je ne pense pas qu’il y ait de souci à la voir comme ça. » J’ai insisté. Longuement. Il a fini par me faire l’adressage, sans trop y croire.

Le jour où j’ai été crue

Ce rendez-vous, je ne savais pas encore à quel point il allait compter.

Ce que signifie être vraiment écoutée

La gastro-entérologue pédiatrique, c’est la première fois depuis la naissance de ma fille que je me suis sentie comprise. Écoutée. Crue, surtout.

Elle a examiné ma fille, m’a posé les bonnes questions, a écouté mes observations sans chercher à les minimiser. Elle a prescrit immédiatement un traitement pour un RGO interne, normalement non recommandé avant un an, ma fille n’avait que quatre mois et demi, et m’a adressée en urgence en dermato et en allergologie.

Sa réactivité, sa bienveillance, sa façon de me parler comme si j’étais capable de comprendre et de gérer : c’était salvateur. Pas parce qu’elle avait toutes les réponses. Parce qu’elle m’avait rendu ce que des semaines d’errance médicale m’avaient lentement retiré, la certitude que ce que je vivais était réel.

Je ne me faisais pas des films. Quelque chose n’allait vraiment pas chez ma fille. Et désormais, quelqu’un le voyait aussi.

Le diagnostic, une étape et le début d’un autre combat

Avoir un nom sur ce que vivait ma fille, c’était un soulagement immense. Mais c’était aussi l’entrée dans un quotidien que je n’imaginais pas encore.

Éviction totale : l’apprentissage d’un nouveau quotidien

Le diagnostic d’APLV est arrivé. J’ai ajouté une éviction du soja à celle des PLV, parce que j’avais observé des réactions nettes à chaque fois que j’en consommais. Et là, j’ai découvert quelque chose que je n’avais pas mesuré : quasiment tout ce qui est vendu en magasin contient du lait, des traces de lait, ou du soja.

Je lis chaque étiquette. Chaque composition. Je suis rentrée dans un mode que je ne connaissais pas, cuisiner presque tout from scratch, adapter les recettes, rater, recommencer, trouver des alternatives. Plus de sorties au restaurant sans appeler avant. Plus d’achats spontanés. La déception de repérer quelque chose qui fait envie et de lire, tout en bas de l’emballage : « peut contenir d’éventuelles traces de lait. » On repose. On continue.

La diversification à six mois a été compliquée, j’avais toujours peur d’une réaction. On avance prudemment, mais on avance.

Là où on en est

Ma fille a un an maintenant. Elle a arrêté son traitement gastro-entérologique. Elle ne prend le Gaviscon qu’en cas d’inconfort, et la cortisone uniquement lors des poussées d’eczéma. Les prises de sang en allergologie sont encourageantes. Nous commençons une réintroduction progressive des PLV via mon alimentation, en continuant l’éviction du soja.

Ce n’est pas linéaire. Ce n’est pas simple. Mais il y a quelque chose qui ressemble à un équilibre.

Ce que tout ça m’a appris

Pas des leçons, pas des conseils. Plutôt des choses que je n’aurais pas vues autrement.

La solitude qu’on n’avait pas prévue

On ne m’avait pas dit que l’un des aspects les plus durs de cette période serait l’isolement. Pas le manque de sommeil, bien que. Pas l’inquiétude, bien que. Mais cette façon dont le quotidien se rétrécit, doucement, jusqu’à ce que tu réalises que tu n’es plus tout à fait dans le même monde que les autres.

Pas de restaurant sans vérifier la composition. Pas d’achat impulsif. Une vigilance permanente qui épuise différemment que la fatigue physique. Et ce sentiment, difficile à formuler, d’être seule à porter quelque chose que peu de gens autour de toi comprennent vraiment.

J’ai eu de la chance, quelques personnes dans mon entourage ont été là. Mais l’isolement s’installe malgré tout. Insidieusement.

Pourquoi j’ai commencé ce blog

Je n’ai pas créé Up Mom pour donner des leçons. Je ne suis ni médecin, ni diététicienne, ni experte en sommeil. Je suis une maman qui a traversé des mois compliqués, qui a cherché des réponses partout, et qui a compris, en chemin, que ce dont elle avait le plus besoin n’était pas un conseil de plus.

C’était de savoir qu’elle n’était pas seule.

Alors si tu lis cet article, quelle qu’en soit l’heure, quel que soit l’état dans lequel tu es, et que quelque chose résonne : tu n’es pas la seule. Ce que tu vis est réel. Et quelque part, il y a une autre maman qui traverse quelque chose de très similaire.

On n’a pas besoin d’être héroïques. On a juste besoin de se le dire.

Et toi, est-ce qu’il y a eu un moment où tu t’es sentie enfin crue, enfin écoutée ? Je lis tous vos messages.

Ressources :

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